Le mal est profond, et je m'en rends compte. Je n'arrive pas à le déceler, malgré toutes mes tentatives sans espoir. J'en ai même peur, une peur profonde qui se caractérise par cette remise en question perpétuelle qui m'empêche de me sentir moi-même. Moi. je ne sais pas qui je suis, de quoi je suis capable, qu'est ce que je pense. Tant le mal est profond. L'ombre du stylo sur la feuille, me fait remarquer et me dire que je touche l'absurdité. Que je touche le mal, sans m'en rendre compte. Je ne le touche pas en fait. Je l'effleure. de temps à autre, j'appuie, pour souffrir comme cette plaie de guerre. Comme Achille. Invincible en apparence, le jour ou il reçoit une flèche sur son talon, il meurt. Comme si vous aviez perdu votre mère, et que je vous en parlais sans cesse. C'est la première fois que j'ai pas envie d'écrire. Pourtant je le fais. C'est un signe, mais je sens les relents de ce mal, prêt à le vomir sur la feuille. Il est là, à me hanter, à me dénaturaliser, déstabiliser. Comme les coups de vent qui empêchent votre mèche de tenir. Le ciel est radieux, pas de nuages, les autres vous répondent qu'il n'y a pas de vent. Mais vous, vous le sentez. Je me rends compte que j'ai une camisole de force invisible. Des menottes invisibles. Je suis oppressé à droite, à gauche, par le haut, le bas. Oui, comme un poussin dans un oeuf, ses frères poussins ont réussi à percer la coquille, pas lui. Quelque chose d'inqualifiable, même scientifiquement. Alors, le poussin s'est trouvé obligé de se créer son propre monde, dans la coquille. Il ne communique avec l'extérieur que par télégramme. STOP. Il est incompris. STOP. Il ne s'en sortira pas. STOP. Quand quelqu'un se plaint de la pluie, on lui répond qu'il n'est pas en sucre. Véridique. Pourtant je crois être en sucre. Et encore du sucre en poudre, encore moins consistant. Vous savez, Guy de Maupassant souffrait de dédoublement de personnalité. Dans le Horla, il décrivait celui qui le surveillait toutes les nuits, qui buvait son verre d'eau et qui ouvrait ses placards. Il en est mort, après s'être fait interner. Evidemment tout cela n'était que le fruit de son imagination. Les médecins ont par la suite dit que sa pathologie était unique, et incurable. Pourtant, quand je le lis, je comprends un peu ses explications. Elle me paraissent rationnelles. Très troublant. Vous y voyez un signe, vous ? je préfère pas me prononcer, je risque de me faire peur. mais j'ai déjà perdu beaucoup de temps dans la bataille, et je ne veux pas me dire que j'ai fait tout ça pour rien. Mais comme il faut qu'il y ait toujours quelque chose qui n'aille, je terminerai en disant que le gosse qui ne finit jamais son assiette, et qui n'est jamais rassasié me ressemble un peu. Beaucoup.
HS : Que faire contre une envie oppressante, qui vous brûle la langue (?)



